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Les écrits du Web

J’anime depuis l’été 2009 un blog sur le site tennistalk.com, spécialisé dans le tennis, son actualité, ses enjeux sportifs et extra-sportifs. J’y propose des éclairages historiques et littéraires, des zooms sur les stars et les tournois, des billets d’humeur, afin d’offrir un autre regard sur la balle jaune et ses acteurs.

www.tennistalk.com/fr/blog/David_Brunat

A titre d’exemple, je donne ici un article écrit à l’automne 2009 illustrant les liens pouvant exister entre politique et tennis


Grands de ce monde et petite balle


A peine élu à la Maison-Blanche, il a dévoilé ses intentions. C’était une priorité de sa mandature ; mieux, une mesure d’application immédiate pour laquelle il n’avait besoin ni de l’aval du Congrès ni de l’approbation du peuple américain. Une aubaine !

Seule ligne de conduite et unique pouvoir de censure dans la conduite de ce grand dessein : son bon plaisir et la souveraineté de ses goûts. Voilà qui doit s’appeler le bonheur en politique…

Et c’est ainsi que le 44e président des Etats-Unis a inauguré son mandat par un acte de vandalisme : l’installation d’un panier de basket sur le court de tennis de la Maison-Blanche.

Il n’aime pas beaucoup la balle jaune, ce président quadragénaire et athlétique ; c’est son droit. Il veut remodeler à sa guise les équipements de loisirs de sa nouvelle demeure ; et c’est aussi son droit, celui d’un locataire autorisé à satisfaire ses inclinations sportives dans le respect des clauses du contrat qu’il a signé avec le propriétaire des lieux, le peuple américain.

Ce faisant, Obama s’est certainement conformé aux préférences de ses compatriotes. Jamais en effet le tennis n’atteindra outre-Atlantique la popularité des parquets et le service-volée celle des essais à trois points et des détentes sous le panneau. C’est ainsi.

Mais il s’est aussi distingué de certains de ses prédécesseurs, qui furent réputés pour leur amour de la balle de feutre jaune et pas seulement pour le ballon de basket ou le projectile de cuir de base-ball – deux passions nationales indétrônables.

Ce Démocrate social qui en pince pour les Chicago Bulls s’est inscrit en digne successeur d’un Républicain pur jus, un certain Richard Nixon, réactionnaire notoire qui méprisait tout ce qui tournait autour de la raquette et n’avait d’yeux que pour les clubs de golf. La généalogie politique n’épouse pas forcément la filiation des préférences sportives …

Je retiens autre chose encore dans cette décision présidentielle à haute portée symbolique : le tennis et ses champs de pratique sont rarement absents des lieux de pouvoir ; et les hommes de pouvoir souvent composent avec, ou contre, le tennis. Jusqu’à Staline, qui s’était fait construire un court de tennis dans sa datcha de Zoubalevo et qui, un temps, autorisa certains de ses lieutenants à taper la balle, avant de leur envoyer celles des pelotons d’exécution …

Le précédent locataire démocrate de la Maison-Blanche, Bill Clinton, avait plus d’affinités avec la balle jaune que l’actuel occupant des lieux.

C’est ainsi qu’il reçut en 1999 dans le Bureau Ovale les vainqueurs masculin et féminin de l’US Open : ses deux concitoyens Andre Agassi et Serena Williams.

Cette dernière l’avait emporté en finale sur Martina Hingis sous les yeux de … Jimmy Carter,   tandis que Clinton, alors en Nouvelle-Zélande, suivait le match en direct à la TV avec un décalage horaire de 16 heures. Il les accueillit quelques jours après leur triomphe.

Mais quittons la patrie de Jack Kramer et de Pete Sampras ; gagnons celle de Kafelnikov et d’Anna Kournikova. Personne n’ignore que Boris Eltsine fut un très grand amateur de tennis. Il joua personnellement un rôle important dans l’essor du tennis post soviétique. Et il ne ratait aucune occasion d’encourager les joueurs russes (et de boire à leur victoire …).

On se souvient par exemple qu’il assista à la finale de la Coupe Davis 2002, remportée à Paris contre l’équipe de France par ses jeunes compatriotes ; il ne quitta pas la tribune présidentielle où avaient également pris place sa fille et son gendre, venus d’un même mouvement soutenir les joueurs et leur coach légendaire et sulfureux, Chamil Tarpitchev, ancien entraîneur particulier de … Boris Eltsine.

Et au pays des Mousquetaires, le tennis n’est-il pas aussi en faveur chez les puissants ?

Un de nos anciens premiers ministres, Jacques Chaban-Delmas, fut une fine lame : finaliste du double aux Championnats de France 1965, il participa même à un 1er tour en double à Roland-Garros avec son compatriote Henri Pelizza. Chaban a même son profil sur le site internet de l’ATP Tour !

A un niveau de jeu plus modeste, mais avec une égale passion, Lionel Jospin tapait souvent la balle à la Lanterne, longtemps la résidence dominicale des hôtes de Matignon avant d’être réquisitionnée par l’actuel locataire de l’Elysée, lui aussi tennisman occasionnel mais de piètre niveau (un de mes amis qui a échangé des balles avec lui et avec ses gardes du corps à Arcachon, à l’époque où il était à l’Intérieur, peut en témoigner).

Mitterrand (quoique davantage golfeur), Giscard d’Estaing, Villepin, Sarkozy, etc., et je ne parle même pas des grands patrons, si fréquemment adeptes du tennis : tous ont tâté à un moment ou à un autre de la balle de feutre jaune et se sont essayés à ces duels de gentlemen, à ces combats stylisés d’où vanité, appétit de conquête et volonté d’anéantir l’adversaire ne sont jamais absents mais s’expriment sur un mode ludique et pacifique et donc en quelque sorte   « impolitique ».

Eh quoi ! Il n’y a rien de dégradant, pour un homme de pouvoir, à s’afficher une raquette à la main et à courir après un projectile inoffensif et bondissant. Pascal dans ses Pensées : « Les hommes s’occupent à suivre une balle et un lièvre. C’est le plaisir même des rois ».

Rois, présidents, PDG poussent la balle. Pourvu que ça dure ! Et pourvu que les grands de ce monde ne s’appliquent pas, comme le plus puissant d’entre eux, à démanteler les courts de tennis de leurs résidences officielles pour y faire rebondir des gros ballons orange sous les applaudissements de conseillers flagorneurs prompts eux aussi à troquer la chaussure de tennis contre une paire de baskets.

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