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Points de Vue

Avec CharlElie, les courts de Couture sont une fête

Nous nous sommes connus par le tennis. Et l’art. Plus précisément grâce à un livre d’art sur le tennis qu’il publia à la fin des années 90, après l’avoir découvert, un peu par hasard, une décennie plus tôt, précisément le jour où tomba le mur de Berlin, date doublement historique pour lui, donc.

CharlElie est venu sur le tard à la balle jaune, en autodidacte zélé, passionné, transfiguré par ce sport qu’il avait longtemps tenu à distance, lui préférant ce tennis qu’on qualifie couramment « de table ». Découverte tardive, mais totale. Une révélation. Une profession de foi. Il me l’a redit très récemment et le plus sérieusement du monde : « Le tennis a changé ma vie. »

Le fait est que le tennis, justement, il l’a pris d’emblée au sérieux. Il ne s’est pas contenté d’y voir un agréable passe-temps, une astuce sociale bien utile pour nouer des relations d’affaire, ou même le fondement d’une hygiène de vie. Non, il l’a considéré très vite, selon ses propres mots, comme « le prétexte à une réflexion sur la relation entre mon corps et mon esprit ». Soit la vieille question philosophique par excellence : celle du dualisme de l’âme et du corps, qui, traversant les siècles comme un passing-shot bien ajusté et toujours bon à taper, a fait monter au filet les Platon, Descartes, Spinoza, Leibniz et bien d’autres voltigeurs de la pensée. Ce livre qui nous a mis en contact, intitulé Beaux gestes, m’avait frappé par la puissance et l’originalité des dessins, croquis et autres épures qui en formaient la trame, une trame énergique, frémissante de vie et de vibrations, comme s’il s’agissait de révéler une sorte de physique quantique du tennis.

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Admirez la raquette entre CharlElie et mézigue. Un modèle unique, non homologué par l’ITF mais dûment approuvé par l’ATP (Art & Tennis Performances)

Il avait compris que ce dernier est affaire de style, art du mouvement et science de l’interprétation de règles certes communes à tout le monde mais comprises, exécutées, jouées par chacun de façon singulière, ou devant l’être – et l’étant effectivement, et au plus haut point, chez les plus grands champions, ceux qui puisent dans un ensemble de principes, de normes et de savoirs techniques de quoi délivrer une partition personnelle : en quoi ils deviennent des créateurs et des éclaireurs, en quête du geste parfait, du coup le plus juste, du mouvement idéal.

Et c’est exactement à cette recherche que CharlElie s’employait au travers de ce livre, fervente déclaration d’amour graphique au tennis et à ses pratiquants (le mot étant ici à prendre dans son acception presque religieuse), mais aussi recueil de notes de travail et attestation d’une approche appliquée, studieuse et raisonnée de la science de la balle jaune. Outre le vif intérêt que présentait ce livre pour tous les amateurs de raquette et de beautés picturales, ce n’était pas son moindre mérite que de montrer au public français qu’on peut être tout à la fois, et tout aussi bien, un chanteur à succès, un plasticien inspiré et un maître de la langue.

Beaux gestes, paru l’année même où l’empereur du Beau Geste, Roger Federer, remporta son premier tournoi professionnel (c’était à l’Open de Brest, en 1999, mais qui s’en souvient ?), révélait un musicien des courts capable de fixer sur sa planche à dessin, en quelques traits et touches au crayon, au fusain, à la gouache ou au pastel, l’inépuisable chanson de Geste d’une partie de tennis.

Nous avons correspondu très longtemps et très souvent avant de nous rencontrer. Ce fut un ami épistolaire avant de devenir un ami de chair et d’os. Il aime à se qualifier d’artiste « multiste » et excelle dans le dialogue entre les formes d’expression – l’image peinte ou dessinée, les mots, les notes. On lira avec profit ce qu’il m’a confié des relations qu’il voit entre la musique et le tennis dans le dernier numéro de Tennis Magazine, paru juste avant Noël.

CharlElie, passeur et dynamiteur de frontières entre les arts et les cultures, est devenu américain en 2011. Il connaît l’histoire des Etats-Unis sur le bout des doigts. Il m’a longuement parlé de La Fayette (le général) et de La Fayette (la ville de Louisiane où il a enregistré en 2016 un album « mémoriel » avec des musiciens locaux). Il m’a fait part de sa conception du « pragmatisme » américain, qu’il oppose volontiers à « l’idéalisme » français (sans me convaincre totalement, pour le coup). Homme de racines et de mémoire autant qu’artiste épris de nouveauté et de renouvellements expressifs, il attache beaucoup d’importance à savoir d’où l’on vient. C’est un explorateur de l’inédit mais aussi un éclaireur et un héraut de la pensée des origines.

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A qui voudrait se mettre à l’écoute de ses mots, de ses convictions, de ses humeurs, je ne saurais trop conseiller de le suivre sur sa page Facebook. Et d’éviter, si d’aventure il vous arrive de le rencontrer et de deviser avec lui, d’aborder le sujet Donald Trump. Ce seul nom lui donne envie de casser ses raquettes et de fracasser la tête de celui qui en parle. C’est qu’à ses yeux, le président-élu des Etats-Unis symbolise la violation la plus manifeste, la plus impudente, la plus grossière, de toutes les valeurs qui lui sont chères. Pire encore : il voit en lui la négation radicale du Beau Geste. Trump à ses yeux est le joueur ugly par excellence. L’anti Federer absolu. Game over. Nul doute qu’il rêverait de le faire monter à bord d’un avion sans ailes …

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