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Les dix leçons du professeur Federer

Sale temps pour les gourous du management, les théoriciens du développement personnel, les experts en performance. Un gars qui n’a jamais mis les pieds de sa vie dans une entreprise, du moins comme salarié, vient d’offrir le plus magistral des cours magistraux en la matière. Une conférence en mondiovision, baskets aux pieds. Nos spécialistes patentés pourraient retourner au vestiaire.

Il vient en effet d’administrer un cours inoubliable. En dix points.
1. Une leçon de tennis, tout d’abord. Le job du gars, c’est de taper dans une balle. Mais de quelle manière !
2. Une leçon d’élégance. De l’avis général, et surtout de l’avis de ses pairs et des plus grands maîtres qui l’ont précédé dans la discipline qu’il pratique, jamais on n’a exercé cette discipline aussi élégamment, aussi esthétiquement, aussi artistement. Dont acte. Saluez un poète en action !
3. Une leçon de talent, à coup sûr. Le talent, c’est bien d’en avoir. Savoir l’utiliser, c’est parfois une autre paire de manche (comme diraient ceux qui pratiquent la discipline du professeur Federer). La princesse Palatine, belle-soeur d’un certain Louis XIV et mère du duc d’Orléans, le célèbre Régent, disait à propos de son rejeton : « Il a reçu tous les talents, sauf celui de s’en servir. » Se servir à parfait escient du talent que Dame nature ou Père hasard nous ont donné n’est pas un exercice facile. Or le professeur Federer use à merveille du talent surabondant qu’il a reçu en naissant.
4. Une leçon de travail, par conséquent. Un travail intense, quotidien, parfois douloureux et ingrat, toujours à reprendre, à parfaire, à amplifier. Repos ? Non ! Cravacher encore et toujours. Abdos, boulot, dodo. Le talent ne dispense pas du travail, bien au contraire !
5. Une leçon d’humilité, c’est-à-dire de remise en question permanente de ses acquis. Ne pas s’endormir sur ses lauriers. Jamais. Ne pas regarder dans le rétroviseur et se satisfaire de ses succès passés, aussi immenses soient-ils. Non, remettre sur le métier tout ce qui doit l’être, se remettre en cause pour aller de l’avant, se transcender, se sublimer. Et aussi apprendre de ses défaites, s’en remettre, s’en servir pour gagner à nouveau, gagner plus, gagner mieux. Le professeur Federer est un prince de la résilience.
6. Une leçon de respect. De l’adversaire, surtout lorsqu’il s’agit d’un grand rival sans qui l’on ne serait pas devenu ce que l’on est. Respect du public. De l’ensemble des parties prenantes de son écosystème (au cas particulier : arbitres, sponsors, médias, organisateurs d’événements, « petites mains « comme les ramasseurs de balles …). Respect de soi-même, aussi, d’abord et surtout.
7. Une leçon de longévité, c’est-à-dire de patience, d’endurance, de gestion intelligente de son capital humain corporel et intellectuel. Ne pas flamber, ne pas brûler la chandelle par les deux bouts. Anticiper, savoir s’écouter et faire des breaks, voir loin.
8. Une leçon de séniorité. Savoir montrer aux jeunes aux dents longues que les seniors sont parfois les plus forts et que le privilège de l’âge est une expression qui peut avoir du sens. L’emploi des seniors : avec le professeur Federer, c’est une thématique pertinente !
9. Une leçon de passion. Une énorme motivation, l’amour presque charnel de son métier, le sentiment d’appartenance à un secteur d’activité, quel qu’il soit : tels sont aussi les ressorts affectifs et psychologiques qui permettent de renverser des montagnes.
10. Et enfin une leçon de théologie. Emil Cioran disait : « La musique de Bach est la seule preuve sérieuse de l’existence de Dieu. » Remplacez le compositeur allemand par le virtuose suisse et la musique des orgues par celle des balles : le résultat est le même, la preuve tout aussi démonstrative. Longue vie au management selon le professeur Federer !
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