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Points de Vue

Marrian annonce la couleur

Eric MARRIAN, dont je suis le « conseiller littéraire » depuis plusieurs années, est avant tout reconnu pour sa série « Carré Blanc » (en noir et blanc), qui a été abondamment exposée et publiée dans le monde entier.

Changement de cap avec « Javel », sa dernière série, qui propose une approche originale de la couleur et de la représentation du modèle féminin. Elle se fonde sur un parti pris artistique et technique : une réinterprétation audacieuse et détournée du film instantané grand format.

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Ce travail réhabilite à sa façon ce procédé techniquement daté qu’est le Polaroïd. Un procédé aux riches accents rétro, que d’aucuns regardent comme dépassé et dépourvu d’intérêt pour la création photographique actuelle. Marrian, tout au contraire, fait le pari de sa modernité, de sa fraîcheur joyeuse et ductile, de ses potentialités presque charnelles. Il lui redonne ainsi ses lettres de noblesse au travers d’une galerie de scènes intimistes qui empruntent à l’univers poétique d’Alice au pays des merveilles comme aux canons d’une certaine esthétique surréaliste.

« Javel » magnifie les teintes chaudes et coulées, fortement contrastées, parfois volontairement et facétieusement criardes, propres au film instantané. Le modèle féminin en est toujours le motif et le phare, mais fondu dans un jeu généreux d’étoffes, de drapés, de chapeaux ou masques, de décors mi-familiers mi-oniriques.

Laissez-vous bercer par la tonalité lumineuse de ces compositions. Elles dégagent une tendre puissance féerique tenant à leur espèce d’immobilité chaude et laiteuse et aux poses douces, simples, veloutées, profondément reposantes, adoptées par les modèles féminins. En même temps, cette douceur est intranquille Elle a comme un goût acidulé. C’est un sucré-salé, avec une vigueur « acrylique », un zeste d’agressivité chromatique bien dosé qui apporte le nécessaire contrepoint visuel et sensoriel à cette suavité qui, sinon, pourrait verser dans une certaine mièvrerie.

Tableaux vivants, tableaux baroques et familiers à la fois, tableaux colorés au grain parfois épais comme des aplats de peinture crémeuse et « flashy », chimie du corps, de la matière et de l’espace, où, à l’instar des modèles, les choses semblent avoir une âme et une peau : c’est à une découverte de « paysages intérieurs » inattendus et faussement sages que nous convie « Javel ».

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Exposition à la Young Gallery – Knokke Le Zoute811 Zeedijk – 8300 KNOKKE – Belgique. Du 18 février au 30 avril 2012

Cette exposition sera la première présentation publique de ce travail.

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