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Points de Vue

Une rencontre avec Philippe Bilger

Avocat général à la Cour d’Appel de Paris et voix puissante et originale du monde judiciaire, Philippe Bilger est intervenu le 12 mai devant les membres du Networking & business Club. Une certaine idée de la justice et de ce qui manque à la justice française pour être (plus) juste …

Peut-on être, à la fois et tout uniment, un « haut » magistrat (et mériter cette qualification qui, lorsqu’elle est accordée par privilège de rang à certains représentants du monde judiciaire, s’apparente parfois à un abus de langage), un blogueur passionné, un citoyen vigilant, un écrivain à la plume bien trempée, un homme de média parfaitement prévenu contre les limites du système médiatique française, etc. ?

Est-ce qu’un membre du service public de la justice peut dire à la face de sa hiérarchie, du pouvoir politique et de l’opinion publique (presque) tout ce qu’il pense ?

A ces questions, le sens commun invite à répondre : non. Mais Philippe Bilger me fait dire : oui.

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L’exemple de l’avocat général à la Cour d’Appel de Paris (qui n’est ni avocat ni général mais allie à la force tribunicienne et au sens de l’argumentation juridique du premier l’autorité et le goût du combat du second) démontre qu’on peut être un éminent magistrat du parquet et un esprit éminemment indépendant en guerre contre les préjugés de corps et les discours d’usage sur la « noblesse de la fonction de juge » et sur le « manque de moyens » qui seul ferait obstacle à une administration pure et parfaite de la justice.

Il démontre qu’on peut chérir des idéaux de justice tout en dénonçant avec force – mais sans s’ériger jamais en justicier – les imperfections de la justice française et les insuffisances de ses serviteurs.

Et j’aime qu’un acteur particulièrement autorisé du monde judiciaire ose dire que si la justice fonctionne mal, c’est d’abord – pas uniquement, tant de là, mais d’abord – à cause des magistrats eux-mêmes.

Conquis par ce courage moral associé à un talent oratoire hors du commun, à de vraies audaces réflexives et à un style très lettré, j’ai invité Philippe Bilger au Networking & business club, le think tank de Thomas Legrain.

Je crois que l’assistance n’a pas été déçue par cette rencontre matutinale dans les superbes locaux de Swiss Life, situés place Vendôme … à deux numéros d’immeuble de la Chancellerie.

Qui gardera les gardiens ? Comment rendre la justice un peu plus juste ? Qui jugera les juges ? A ces questions auxquelles, depuis Platon, les plus grands esprits se sont frottés, Philippe Bilger apporte, sinon des réponses, du moins des suggestions, des convictions, des éclairages, et il propose autant de pistes dignes d’être explorées.

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Une citation enfin. Pierre Dac : «Si la justice est parfois si lente à être rendue, c’est que bien souvent les magistrats, ne sachant pas quoi en faire, hésitent entre la rendre ou la garder pour eux ».

Je gage que Philippe Bilger, qui manie l’humour et le goûte, ne désavouerait pas cette boutade, qui n’en est, hélas, pas une. Le sens de son combat, je crois, est de faire en sorte qu’ils la rendent un peu plus et un peu mieux et la gardent un peu moins pour eux. Le jeu en vaut la chandelle.

« Justice au singulier », le blog de Philippe Bilger : www.philippebilger.com

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